AFRICAINS EVERYWHERE brings together 35 works by leading contemporary African artists, exploring the reinvention of portraiture through acceptance of the other and the reappropriation of representation.
Themes
portraiture
representation
identity
reappropriation
Archive
Festival AR(t]CHIPEL
Feuilles de salle
AFRICAINS EVERYWHERE exhibition notes
Curatorial note
L’exposition Africains Everywhere réunit 35 œuvres d’artistes africains contemporains de premier plan. Conçue pour captiver tant les connaisseurs que les novices en matière d’art africain contemporain, cette exposition explore la ré-invention du portrait par les artistes africains, en mettant l'accent sur la notion de l’acceptation de l’autre et sur les dynamiques de ré-appropriation de la représentation.
À travers une diversité de styles et d’approches, vingt-six artistes interrogent les représentations de l'identité, du genre, de la culture, et de la tradition dans le contexte africain. Ils s’y confrontent aux enjeux venus asphyxier la société – innombrables et auxquels il n’était plus possible d’échapper : des dérives politiques et dictatoriales aux pollutions qui mettent en danger notre planète, de la nécessité d’entendre la voix des femmes à celle concomitante de ne plus exclure ou persécuter l’homme pour sa différence.
Cette re-figuration est à la fois intimement personnelle et infiniment universelle. La revendication est personnelle, donnant une visibilité à ces visages trop souvent oubliés et plongés dans l’invisibilité - populations marginales ou marginalisées qui trouvent enfin leur humanité par le geste de l’artiste ; un message qui dépasse les frontières du continent pour rappeler que chaque individu, chaque société mérite la dignité de sa représentation.
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ROOM 1
LÉONCE RAPHAEL AGBODJELOU — Untitled triptych, Demoiselles de Porto Novo Series, 2012. Impression chromogénique.
LÉONCE RAPHAEL AGBODJELOU (1965, Bénin).
Untitled triptych, Demoiselles de Porto Novo Series, 2012. Impression chromogénique.
Il est le fils du célèbre photographe béninois Joseph Moise Agbodjelou, pionnier de la photographie au Bénin. Formé par son père aux enjeux techniques traditionnelles de la photographie, il a rapidement développé son propre style distinctif. Il est le fondateur et le directeur de la première école de photographie dans son pays. À travers ses photographies, il examine la transformation rapide de la société béninoise et africaine en général, en mettant en lumière les tensions entre tradition et modernité. Ses photographies sont marquées par un sens aigu de la mise en scène, où chaque détail — de la pose des sujets aux accessoires utilisés — est soigneusement orchestré pour créer un récit visuel complexe. Il utilise aussi des arrière-plans architecturaux qui rappellent l'histoire coloniale du Bénin, enrichissant ainsi la profondeur narrative de ses œuvres. Son travail contribue à une compréhension plus profonde des dynamiques sociales et culturelles en Afrique, tout en remettant en question les perceptions occidentales de l'art et de l'identité africaine. À travers son œuvre, l’artiste continue de repousser les frontières de la photographie, tout en inspirant une nouvelle génération d'artistes africains.
À propos de l’oeuvre Demoiselles de Porto Novo : « Je connais l'œuvre de Picasso, Les Demoiselles d’Avignon. Le sujet de la ré-appropriation culturelle constituait certainement un facteur majeur lorsque j'ai travaillé sur ces séries. Cela étant dit, la majeure partie des éléments de ces œuvres demeure profondément personnelle, en rapport avec moi-même, ma famille et l'histoire de mon pays. Ces photographies ont été prises sur place, dans la maison de ma famille. […] Les filles viennent de villages voisins et sont vêtues de manière traditionnelle. Les masques qu'elles portent proviennent des marchés de fétiches vaudous de Porto-Novo et des alentours. »
02
ROOM 2
SENZENI MARASELA — Waiting for Gebane, 2016. Broderie de coton sur drap de kaffir.ATSOUPÉ — La Grande Sale, 2019. Carton plume, cuir, laine, fer forgé…JUSTIN DINGWALL — Black Veil, 2013. Tirage photographique Giclée sur papier d'art en coton.ZANELE MUHOLI — Zinathi I, Johannesburg, 2015. Épreuve à la gélatine argentique.
SENZENI MARASELA (1977, Afrique du Sud).
Waiting for Gebane, 2016. Broderie de coton sur drap de kaffir.
L’artiste aborde et réinvestit l’histoire oubliée des femmes noires sud-africaines, explorant les conditions de cette expérience vécue et partagée à travers un alter ego fictif Theodorah Mthetyane. Vidéos, photo-montages, installations et broderies articulent des récits fictifs qui contrebalancent l’invisibilisation de la vie des personnes noires. Cette narration s’inscrit d’une part en rouge et d’autre part dans des matériaux historiques comme l’ishweshwe et le lin kaffir, dont l’histoire est intimement reliée à celle de la colonisation. L’artiste revisite ces différents supports et symboles pour inscrire l’expérience personnelle et collective des femmes noires dans l’histoire et pour leur ménager un espace de visibilité, de représentation mais surtout d’expression.
ATSOUPÉ (1986, France, originaire du Togo).
La Grande Sale, 2019. Carton plume, cuir, laine, fer forgé…
Elle a développé un intérêt pour l'art dès son plus jeune âge, explorant divers médiums et techniques : sculpture, installation, peinture et arts textiles. Ses œuvres sont souvent marquées par l'utilisation de matériaux naturels et récupérés, intégrant des références symboliques qui renvoient à la culture togolaise et plus largement africaine, ou marquent avec puissance des émotions et des messages forts. L’exploration de l'identité africaine et plus particulièrement celle de la femme est au centre de son travail, tout en célébrant leur force et leur résilience. Atsoupé s’intéresse aussi à la manière dont l'histoire et la mémoire collective sont préservées et transmises dans les cultures africaines, faisant de ses œuvres de véritables méditations sur la mémoire, l'héritage et l'identité collective. Son travail est traversé par cette dualité entre tradition et modernité.
La Grande Sale, est constituée d’un assemblage de matériaux trouvés : robe en carton plastique, mèche de cheveux artificiels, cercle de métal personnifiant le visage. Cette oeuvre incarne aussi bien le geste artistique d’Atsoupé et la force de son message que celle de la représentation de ces jeunes filles trop souvent invisibles. « La Grande Sale est une poupée dont le visage a disparu dans un trou béant. Son corps est une peau bleue qui accueille les traces que la vie a marqué de son passage. C’est la mère, c’est la Terre, le monde entier. »
JUSTIN DINGWALL (1983, Afrique du Sud).
Black Veil, 2013. Tirage photographique Giclée sur papier d'art en coton.
Albus, 2013. Tirage photographique Giclée sur papier d'art en coton.
Ses photographies mettent souvent en scène des sujets qui ne correspondent pas aux idéaux traditionnels de beauté, comme les personnes atteintes de vitiligo ou d'albinisme. Elles se distinguent par son utilisation experte de la lumière, du contraste, et de la composition pour créer des images visuellement frappantes et émotionnellement puissantes.
« J’aime utiliser la lumière de manière à représenter le dévoilement de l’invisible. La lumière représente l’illumination, et elle est mise en contraste avec l’élément de l’obscurité pour souligner l’invisible ». Son style est marqué par une attention méticuleuse aux détails et par une capacité à capturer l'essence de ses sujets d'une manière qui transcende les conventions traditionnelles de la photographie de portrait. Il utilise souvent des arrière-plans minimalistes ou monochromatiques pour mettre en valeur ses sujets, en soulignant les traits uniques de chaque individu sans distractions visuelles. L’artiste utilise son art pour défier les stéréotypes et pour offrir une nouvelle perspective sur la beauté humaine. « Il ne s’agit pas de race ou de mode, mais de perception, et de ce que nous percevons subjectivement comme beauté. Je voulais créer une série d’images en résonance avec l’humanité et faire en sorte que les gens s’interrogent sur ce qui est beau ». « Pour moi, la diversité est ce qui rend l’humanité intéressante ».
ZANELE MUHOLI (1972, Afrique du Sud).
Zinathi I, Johannesburg, 2015. Épreuve à la gélatine argentique.
Se décrivant comme une « activiste visuelle », son travail, qui s’apparente à des archives visuelles, explore et met en lumière les expériences des personnes noires LGBTQI+ en Afrique du Sud. Fervente défenseuse des droits humains, Muholi utilise la photographie comme un moyen de résister et de rendre visible les communautés marginalisées. L’utilisation du noir et blanc dans ses photographies confère à ses portraits une force et une intensité particulière. Son style est souvent direct, sans concession afin de capturer l’essence et la dignité des individus photographiés. Les cadres serrés souvent utilisés accentuent l’intimité et l’immédiateté de ses portraits. Muholi utilise également son propre corps et se ré-approprie le pouvoir de la représentation. En contrôlant entièrement la manière dont elle est perçue, elle renverse le regard colonial qui a historiquement objectivé et déshumanisé les corps noirs. Grâce à son œuvre, Muholi continue de briser les silences et de donner une voix aux sans-voix.
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ROOM 3
DEBORAH ROBERTS — Half Embrace, 2017. Mixed media et collage sur papier.SAIDOU DICKO — La coiffure hérisson, 2021. Aquarelle sur papier.ARMAND BOUA — Les bras Môgô du ghetto 1, 2016. Goudron et acrylique sur carton.
DEBORAH ROBERTS (1962, États Unis).
Half Embrace, 2017. Mixed media et collage sur papier.
Depuis le début de sa carrière artistique, l’altérité est au centre de la conscience de l’artiste. Ses premiers idéaux de race et de beauté ont été façonnés par les magazines d’art et de mode, la revue American Renaissance - des images mythiques, héroïques, belles et puissantes qui incarnaient un statut particulier non accordé à quiconque l’artiste connaissait. Elle utilise le pouvoir du collage pour déconstruire et reconstruire l'identité noire, remettre en question les normes de beauté imposée, en particulier celle des jeunes filles. En combinant dans ses oeuvres différents traits de visage, tons de peau, coiffures et vêtements, l’artiste recrée la multiplicité de la réalité de l'identité noire tout en offrant une vision complexe et nuancée de la beauté de ses sujets.
SAIDOU DICKO (1979, France, originaire du Burkina Faso).
La coiffure hérisson, 2021. Aquarelle sur papier.
Hope, Calligraphie, 2021. Aquarelle sur papier.
Hope T. Fleurs rouge, green, 2020. Photographie sur papier.
Il a commencé sa carrière artistique en tant que peintre avant de se tourner vers la photographie, la vidéo, l’installation et la performance. Son travail est marqué par une exploration de l'identité, de l’enfance, de la culture, et des relations humaines à travers l'utilisation des ombres. Quand il était enfant, berger, ces questions l’ont toujours inspiré et poussé à dessiner. Il avait l'habitude de tracer les contours des buissons, des animaux et des rivières qu'il rencontrait. Jouant avec la lumière, il crée des compositions minimalistes mais chargées de sens. Les ombres deviennent des formes abstraites qui racontent des histoires mais dissimulent sciemment les personnages.
Dans certaines de ses œuvres, l’artiste intègre des textiles africains traditionnels, des peintures, et d'autres matériaux pour ajouter des couches de signification et de texture. «Lorsque les fonds de mes photographies ne me satisfont pas, je les invente. Je gomme numériquement l’arrière-plan originel et j’applique la trame de tissus que je glane un peu partout, comme une deuxième photo dans la photo. J’aime mélanger ces deux réalités, car on peut lire à travers ces deux grilles. « Ses œuvres sont un mélange de tradition et de modernité, où il utilise des techniques contemporaines pour explorer des récits ancrés dans les expériences africaines.
ARMAND BOUA (1978, Côte d’Ivoire).
Les bras Môgô du ghetto 1, 2016. Goudron et acrylique sur carton.
Son œuvre se caractérise par une approche brute et texturée : l'utilisation de matériaux récupérés tels que le carton, les journaux, et les restes de peinture est centrale dans son travail. Il gratte, racle, et superpose des couches de peinture et de matière qui renforcent le message émotionnel de ses œuvres. Les couleurs terreuses et sombres évoquent la poussière et la saleté des rues d'Abidjan.
Son travail est profondément influencé par son environnement immédiat et les injustices qu'il y observe, en particulier celles touchant les enfants des rues et les victimes de violence. Ses œuvres, à la fois abstraites et figuratives, permettent de transcender le spécifique pour atteindre l'universel, faisant de ses sujets des symboles de la condition humaine. Il utilise son art pour garder en mémoire les événements douloureux qui ont marqué l'histoire de son pays. Ses œuvres sont un témoignage silencieux mais puissant des expériences de ceux qui ont été affectés par les conflits et la violence.
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ROOM 4
FRANCK LUNDANGI — We know very little, 2016. Pigments, acrylique, encre sur toile libre.FRANCK LUNDANGI — Same Questions, 2020. Aquarelle et encre sur papier.
FRANCK LUNDANGI (1958, France, originaire de l’Angola).
We know very little, 2016. Pigments, acrylique, encre sur toile libre.
Same Questions, 2020. Aquarelle et encre sur papier (encadrée).
Sans titre, 2016. Bois flotté, pigments.
Il a été footballeur professionnel, jouant pour l’équipe nationale angolaise, avant de se tourner vers l’art, une passion qui l’a conduit à devenir l’un des artistes contemporains les plus reconnus de son pays. Ses œuvres sont profondément ancrées dans son héritage angolais, tout en étant enrichies par les expériences et les idées qu’il a rencontrées au cours de sa vie en Europe. Son travail sculptural et pictural utilise des couleurs vives et des motifs stylisés pour créer des compositions qui sont à la fois poétiques et narratives. La spiritualité est au cœur de son travail. Il intègre fréquemment des représentations d'animaux et de la nature, souvent représentés dans des poses stylisées ou mythiques, servant de métaphores pour les émotions humaines ou les forces spirituelles. Il interroge également la manière dont les identités sont façonnées par l'histoire, la mémoire collective et les traditions culturelles, en particulier dans le contexte de l'Angola post-colonial. Bien que profondément enracinées dans la culture africaine, les œuvres de Lundangi abordent des thèmes universels qui résonnent avec des publics de divers horizons : l’amour, la paix, la guerre, et la réconciliation, cherchant à capturer l'essence de l'expérience humaine.
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WOODEN THEATRE
SOULEIMANE BARRY — Sur le fil, 2020. Mixed media sur toile.
SOULEIMANE BARRY (1982, France et Burkina Faso).
Sur le fil, 2020. Mixed media sur toile.
Son œuvre est marquée par une grande diversité de médiums, allant de la peinture et la sculpture à l'installation et la performance. Il revendique pleinement la dimension empirique et intuitive de sa peinture, dans laquelle les figures humaines ou animales ainsi que les motifs végétaux apparaissent avec l’élaboration du tableau, au gré de son imagination et des aléas plastiques, qualifiant lui-même son style de « figuratif imaginaire ». Chaque tableau fourmille d’une grande variété de détails et paraît renfermer de multiples saynètes complétant la figure « principale ». À travers ses œuvres, il explore l’identité africaine, met en lumière les abus de pouvoir et les inégalités sociales et politiques auxquelles les Africains sont confrontés, en se situant souvent à l’intersection de la tradition et de la modernité. Son art est souvent décrit comme un commentaire social visuel, où chaque œuvre raconte une histoire ou transmet un message puissant sur les réalités africaines.
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CHURCH
OMAR BA — Tame 1, 2016. Huile, gouache, acrylique, crayon sur toile.OMAR BA — Archive Nationale 1, 2017. Oil, pencil, acrylic, ink and gouache on craft paper.
OMAR BA (1977, Suisse, Sénégal).
Tame 1, 2016. Huile, gouache, acrylique, crayon sur toile.
Archive Nationale 1, 2017. Huile, crayons, acrylique, encre, gouache sur papier craft avec mousse de polyester.
Crown 1, 2017. Huile, acrylique, gouache, encre et crayon sur papier.
Il explore des thèmes complexes tels que le pouvoir, la politique, l'identité, et la condition humaine. « J’essaie d’exhumer l’oubli. J’essaie de mettre l’accent sur nos identités du peuple noir ». Ses peintures à grande échelle, souvent réalisées sur des supports inhabituels tels que le carton ondulé et marquées par une palette de couleurs vives, avec des contrastes forts entre les couleurs saturées et les arrière-plans sombres. Ses compositions sont caractérisées par un mélange d'abstraction et de figuration, intégrant des éléments de la mythologie africaine, de la critique politique, et de l'histoire coloniale. Ses personnages, souvent stylisés, sont placés dans des paysages oniriques ou symboliques, où les frontières entre le réel et l'imaginaire se brouillent. Cette approche permet à Omar Ba de créer des œuvres qui sont à la fois narratives et poétiques. Les oeuvres présentées sont emblématiques de son travail.
Tame 1 évoque la lutte des hommes contre les forces qui peuvent l’emprisonner – politiques, sociétales, ou même naturelles. L’œuvre évoque l’impact du changement climatique ; selon l’artiste, « l’imbrication des hommes avec la faune et la flore. La présence sur les hommes autant que sur les animaux d’une auréole accentue le pied d’égalité sur lequel ils se trouvent tous. L’enchevêtrement des branches qui prend tous les sujets sous-tend que tous ont le même destin, lié à la terre et au respect que l’on en a ».
Avec Archive nationale 1, l’artiste reprend le thème de la mémoire et de la féminité qui lui est cher. Beaucoup de traditions orales perdurent au Sénégal, à l’inverse des vraies archives écrites, qui font parfois défaut à la mémoire du pays. En plaçant cette femme en habit traditionnel, porteuse d’histoire, et reliée par autant de lignes aux événements marquants du peuple, Omar Ba place les femmes, la famille comme récipiendaires principaux de l’histoire, une archive nationale vivante.
Crown 1 incarne l’attrait de l’étranger pour la jeunesse africaine : le buste d’un homme surmonté d’une couronne faite d’épis de maïs, vêtu de façon traditionnelle et entouré de statuettes rituelles, mais à l’intérieur du visage de cet homme se joue une scène bien connue de la jeunesse africaine, la tentation de quitter le pays pour les pays du nord, ici les États Unis. C’est un sujet cher à Omar Ba de parler de ce fléau. En effet, des années de corruption et d’ingérence économique étrangère laissent peu de place à l’espoir d’une vie meilleure au Sénégal. L’artiste souhaite montrer ici que la richesse du sol symbolisé par cette couronne rend le peuple maître de son destin s’il veut le prendre en main.
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SADDLERY 1 (SMALL LEFT SIDE ROOM ON ENTRY)
GÉRARD QUENUM — La Mère des Jumeaux, 2021. Bois et objets trouvés.
GÉRARD QUENUM (1971, Bénin).
La Mère des Jumeaux, 2021. Bois et objets trouvés.
Artiste autodidacte, Gérard Quenum développe un travail immédiatement reconnaissable grâce à son utilisation caractéristique de pièces de poupées mises au rebut et d'objets trouvés, qui créent des « portraits » à la fois spirituels et obsédants. Il récupère de vieilles poupées qu’il déstructure, recompose, peint, auxquelles, il ajoute d’autres éléments : bois, seringues, rubans rouges. Les objets en bois qu'il choisit - mortiers, tambours rituels ou pilotis qui soutenaient autrefois des maisons entières dans les lagunes marécageuses entourant Porto-Novo ont eux aussi une histoire unique. Les bois sont imprégnés d'histoires héritées, leurs surfaces rugueuses parlent de la vie de nombreuses personnes. La question de l’injustice subie par les enfants et plus particulièrement en Afrique est au centre de son travail. « Ils ne sont pas responsables de la guerre et pourtant ils sont les premiers à en être victimes. Quand je pense à tout cela, je suis en communication spirituelle avec eux ».
La Mère des Jumeaux est une œuvre récente de l’artiste et s’inscrit dans son travail sur les « bocio », des sculptures traditionnelles au Bénin, sortes de totems que l’on plaçait dans les lieux de culte traditionnels pour représenter un individu, un mort, une famille ou un esprit. Les bocio étaient des sculptures très simples : un long morceau de bois dont la partie supérieure était grossièrement taillée en forme de tête. Aujourd’hui, les « bocio » ont presque disparu, vendus dans le marché de l’art occidental, dépouillés de leurs valeurs spirituelles. « Je fais un travail contemporain en m’inspirant des « bocio » qui me fascinent, à la fois, par la simplicité de leur forme et par la complexité des histoires qui se cachent derrière. ». Pour Gérard Quenum, « cette sculpture, qui comporte plusieurs couples de jumeaux, est un hommage aux jumeaux - qui sont respectés et considérés comme sacrés au Bénin - mais aussi et surtout aux mères de jumeaux. Une femme qui donne naissance plus d'une fois à des jumeaux devient à son tour sacrée. »
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SADDLERY 2 (SMALL RIGHT SIDE ROOM ON ENTRY)
NOVISSIMO EDGAR — O Nascimento da Constelação de Gêmeos, 2023. jacquard, franges, dureg, satin, soie japonaise, crochet et perles de rocaille.
NOVISSIMO EDGAR (1993, Brésil).
O Nascimento da Constelação de Gêmeos, 2023. jacquard, franges, dureg, satin, soie japonaise, crochet et perles de rocaille.
Poète, artiste visuel, compositeur et interprète, créateur compulsif, son travail englobe de nombreuses techniques et recherches sur les métalangages et le transmédia. Il a commencé à s'intéresser à l'art dès son enfance, encouragé par sa mère à créer des sculptures, des dessins et des peintures sur carrelage. Son œuvre artistique possède des dimensions rituelles, abordant des thèmes actuels tels que la violence et le contexte politique brésilien.
Ses principaux outils de création sont les matériaux recyclables et les déchets de l'industrie de la mode. « Je fais une archéologie à l'intérieur de moi-même pour retrouver une civilisation perdue, ce qui touche aux questions d'ascendance, de colonialisme et de diaspora ».
O Nascimento da Constelação de Gêmeos est une œuvre significative de l’artiste, illustrant sa capacité à fusionner des éléments culturels, mythologiques, et contemporains pour créer des œuvres qui sont à la fois visuellement saisissantes et conceptuellement riches. Le titre de l'œuvre, qui se traduit par "La Naissance de la Constellation des Gémeaux", est une exploration des thèmes de la dualité, de la gémellité et des mythes cosmiques. L’histoire de la naissance de la constellation des Gémeaux, malgré ses nombreuses versions, trouve son origine dans la mythologie grecque. Zeus se transforme en cygne pour séduire et féconder Léda. De ce viol naissent deux paires de jumeaux : Pollux et Castor, ainsi qu’Hélène. L’œuvre représente l’acte du viol, image de drames qui frappent trop d’individus mais aussi le reflet des rapports de domination qui ont caractérisé l’histoire de notre monde. Emblématique de son travail, on y retrouve le geste de coudre, récurrent dans sa production artistique ; une indication de l'effort constant pour maintenir vivantes des traditions à la fois familiales et ataviques. Coudre ensemble de vieux tissus souvent usés et effilochés est une manière d'affirmer avec fierté que sa production provient d'une facette très précise de l'histoire qui, au Brésil comme dans le monde entier, a favorisé la violence et les abus de toutes sortes.
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LARGE LEFT ROOM
BRETT CHARLES SEILER — Plague, 2019. Acrylic, canvas, MDF and chalk.CINGA SAMSON — iRhorho 2, 2019. Huile sur toile.
Le déracinement qu’il a connu à l'âge de huit ans devient une source d’inspiration pour le travail de l’artiste. Il met l’accent sur la vie quotidienne, les mythologies, l’iconographie, les croyances, l’héritage religieux et culturel du paysage afro-antillais. Il réunit classicisme et modernité pour donner vie à des portraits où se mêlent sensualité, mysticisme et hommage à ses racines afro-caribéennes.
Trois œuvres essentielles de Lincy Deloumeaux sont présentées ici, explorant les thèmes de la mémoire, de l’histoire et de l’identité.
Éloge à la Mémoire #5, 2023. À travers ce portrait monumental drapé de dentelle, l’artiste écrit un double hommage à la mémoire, celle, intime, de son histoire personnelle avec les réminiscences de sa grand-mère, mais aussi celle de ses ancêtres et des histoires souvent effacées ou négligées dans les récits dominants.
Ozali, 2021, signifie "tu es" en lingala, une langue parlée en République démocratique du Congo et dans certaines régions de l'Afrique centrale, et évoque les questions d'existence, de présence, et d'affirmation de soi, des thèmes qui sont au cœur de son oeuvre. Il nous invite à une méditation sur la présence et la résilience des peuples africains et de leurs descendants à travers le monde.
Aurore du matin, 2023, se distingue par son évocation du moment juste avant l'aube, un symbole universel de la renaissance. Cette œuvre explore les transitions et les transformations dans l'expérience humaine, particulièrement dans le contexte des diasporas africaines et caribéennes.
BRETT CHARLES SEILER (1994, Zimbabwe, puis Afrique du Sud)
Il explore des thèmes tels que l'identité, la mémoire, l'amour, et la sexualité, souvent à travers une perspective queer. Au travers de ses peintures, l’artiste crée un monde intérieur qui oscille entre le désir et l’anxiété. L'espace est indéterminé, les figures ne sont pas localisées et sont vaguement fugaces. La palette de couleurs évolue dans un spectre étroit entre le noir, le gris, le blanc et les tons bruns, en utilisant souvent le bois. Les thèmes qu’il aborde tournent autour de l'oppression, l'homosexualité, le genre et les hommes. Originaire du Zimbabwe, un État où les violations des droits de l'homme sont monnaie courante, son travail s'inscrit également dans la lutte pour l'égalité de l'orientation sexuelle dans l'éducation, les médias et les institutions. Chaque œuvre raconte une histoire complexe, où l’individu et le collectif se mêlent.
L’exposition rassemble trois œuvres qui témoignent de la richesse de la pratique de Brett Charles Seiler, tant par la forme que par les thèmes abordés.
Plague (2019) est une œuvre puissante et évocatrice qui aborde des thèmes profondément liés à la vulnérabilité, à la peur, et à la survie dans un contexte de crise, qu'elle soit sanitaire, sociale, ou personnelle. Les procédés distinctifs de l’œuvre de Charles Seiler sont présents le monochrome et l’usage du bitume, l’importance de l’écriture (qui renforce ici l’incertain et l’anxiété), la sortie du cadre (qui traduit ici l’incapacité de l’homme à trouver sa place), l’émotion à travers un dessin minimaliste, le caractère cru et sans compromis de la représentation et un rappel du maniérisme.
Sandy Bay (2020) avec son homme en apesanteur, l’artiste laisse au spectateur le choix d’y voir un effondrement, une chute sans recours dans un grand ciel bleu ou au contraire une lévitation méditative et une évasion, une dualité qui est rappelée par le titre, référence directe à un parc naturel de Cape Town, d’une grande beauté, qui est aussi un lieu de rencontre gay.
Head (2020) est un portrait tronqué en bois bon marché et aux contours hâtivement ciselés.
CINGA SAMSON (1986, Afrique du Sud).
iRhorho 2, 2019. Huile sur toile.
A Presence in the Air 4, 2019. Huile sur toile.
Il est autodidacte et a développé son style distinctif en travaillant aux côtés de mentors dans des studios d'art communautaires. Il s’illustre par sa maîtrise de la peinture à l’huile. Ses peintures figuratives obsédantes représentent des mondes d'énigmes et de mystères. Il puise son inspiration dans son pays natal, l'Afrique du Sud et pare ses sujets noirs qu'il peint seuls ou en groupe, jeunes et contemporains des attributs de la société contemporaine, symboles de richesse, de pouvoir et de spiritualité. Le style de Samson combine un réalisme frappant avec des éléments symboliques et surnaturels. Ses portraits sont souvent surmontés de regards perçants, de poses stoïques, et de compositions soigneusement équilibrées qui évoquent une tension entre le visible et l'invisible, le matériel et le spirituel. Son travail porte pour une grande part sur son identité, mais l'accent reste mis sur leurs yeux blancs vides, qui suggèrent un état de rêverie ou de transe. « Les pupilles m’ont toujours gêné dans mon travail. Je préfère ne pas les peindre, d’autant qu’en les laissant blanches, cela réveille une certaine spiritualité, une autre forme de puissance... Mais j’ai encore des difficultés à savoir d’où cela vient. Il m’a fallu du temps, par exemple, pour comprendre que les fleurs, prédominantes dans mon œuvre, me remémoraient mon enfance ». Il cherche à briser les stéréotypes souvent associés à l'art africain, qui est trop souvent réduit, pour lui, à des images de pauvreté. Son travail s'attache également à redéfinir l'image de la masculinité noire, la représentant sous un jour inattendu : douce, loin des clichés de brutalité ou de machisme.
iRhorho 2 et A Presence in the Air 4 sont emblématiques du style unique de Cinga Samson comme décrit auparavant. Il invite le spectateur à réfléchir sur leur propre relation avec le passé, le présent et les forces spirituelles qui influencent leur vie, mais aussi à en capturer les complexités de l'identité noire contemporaine.
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LARGE RIGHT ROOM
ATSOUPÉ — L’Éclaireuse, 2022. Technique mixte, collage sur papier.PAMELA PHATSIMO SUNSTRUM — All this Wringing and Clutching, 2018. Crayon et acrylique sur panneau de bois.IAN MWESIGA — Adam of Genesis, 2018. Huile sur toile.BANELE KHOZA — Uncertain, 2017. Acrylique et encre sur toile.
ATSOUPÉ (1986, Togo).
L’Éclaireuse, 2022. Technique mixte, collage sur papier.
Elle a développé un intérêt pour l'art dès son plus jeune âge, explorant divers médiums et techniques : sculpture, installation, peinture et arts textiles. Ses œuvres sont souvent marquées par l'utilisation de matériaux naturels et récupérés, intégrant des références symboliques qui renvoient à la culture togolaise et plus largement africaine, ou marquent avec puissance des émotions et des messages forts. L’exploration de l'identité africaine et plus particulièrement celle de la femme est au centre de son travail, tout en célébrant leur force et leur résilience. Atsoupé s’intéresse aussi à la manière dont l'histoire et la mémoire collective sont préservées et transmises dans les cultures africaines, faisant de ses œuvres de véritables méditations sur la mémoire, l'héritage et l'identité collective. Son travail est traversé par cette dualité entre tradition et modernité.
Cette oeuvre majeur est représentative de sa pratique artistique et témoigne de la présence centrale de la figure de la femme dans son travail. Comme le décrit très bien l’artiste, « L’Éclaireuse est une géante dressée telle une figure de proue à l’avant d’un navire. D’un regard convaincant elle emmène avec elle qui veut suivre sa route. Son collier indique une zone géographique : Afrique du Nord, ce pourrait être Liberté. Elle est leadeuse, sceptre à la main porté haut ».
PAMELA PHATSIMO SUNSTRUM (1980, Botswana puis Afrique du Sud).
All this Wringing and Clutching, 2018. Crayon et acrylique sur panneau de bois.
Artiste multidisciplinaire, elle met l'accent sur l'identité de la femme noire. Son travail reflète les diverses généalogies de son expérience de vie dans différentes parties de l'Afrique, de l'Asie du Sud-Est et de l'Amérique du Nord, ainsi que ses recherches en cours sur l'ethnographie, l'écologie et la physique quantique. S’inspirant de la littérature, du cinéma, du théâtre et d'autres formes de narration, Pamela Phatsimo Sunstrum compile un récit en constante expansion. Avec sa « troupe » fantomatique de personnages et d'alter ego, elle explore des notions insondables mais universelles sur l'identité et l'appartenance. Et situe ces personnages dans des décors indéfinissables, à la fois archaïques et futuristes. « Il est certain que la façon dont j'ai grandi, en déménageant tellement et en nous retrouvant en tant que famille dans tant de contextes politiques et culturels - en essayant de donner un sens à notre vie dans ce contexte en constante évolution - nous amène à adopter une position d'observateur qui regarde autour de lui pour trouver des signaux de ce que nous considérons comme vrai dans le monde ».
All this Wringing and Clutching fait référence à un état d'incertitude ou de lutte. Ce tableau a été produit lors de la résidence de l’artiste à Artspace aux États-Unis. La peinture représente des femmes littéralement traversées par le paysage, reflétant son intérêt constant pour la relation entre la figure et le paysage, comme une façon de penser l'empreinte que les lieux laissent sur les corps.
Les gestes des mains et le titre de l'œuvre font référence aux événements actuels liés à la violence par arme à feu aux États-Unis.
IAN MWESIGA (1988, Ouganda).
Adam of Genesis, 2018. Huile sur toile.
Il est reconnu pour l'insertion minutieuse de ses figures dans des espaces architecturaux. Bien que ses œuvres soient figuratives et ancrées dans des environnements visuels familiers, elles donnent l'impression d'appartenir à un espace-temps insaisissable, comme s'il s'agissait de fragments de mémoire. Cette impression est accentuée par son utilisation singulière des couleurs : des contrastes vifs et des aplats sans ombres, créant une étonnante dimensionnalité. L'avant-plan définit un certain sens de l'équilibre, tandis que l'arrière-plan immerge l'observateur dans un infini paysage de jardins.
Un symbolisme subtil imprègne ses œuvres, souvent révélé par les titres qui éclairent des récits sous-jacents. « Pour moi, l'histoire semble être très vague, peu apparente. Elle semble être là et ne pas être là. [...] Je ne suis pas sûr qu'elle ait vraiment existé. C'est quelque chose dont j'ai entendu dire qu'il avait vraiment existé. Cela me permet donc d'exprimer mes sentiments visuels. Parce que tout est imaginé ».
Adam of Genesis est une œuvre significative de l’artiste. Il revisite le récit biblique d'Adam pour explorer les thèmes contemporains de l'identité, de la mémoire et de la spiritualité. Adam incarné par un homme noir, regarde dans la direction de l’interdit, tournant le dos à la route qui lui est indiquée.
Vêtu sommairement, il semble comme hors de contexte, campé devant les champs d’une campagne occidentale. Ces juxtapositions inattendues remettent en question nos associations d’idées trop souvent hâtives, notamment sur la question de l’identité.
BANELE KHOZA (1994, Swaziland puis Afrique du Sud).
Uncertain, 2017. Acrylique et encre sur toile.
Il peint principalement des portraits colorés de nus masculins, des figures fantomatiques, avec une dominance de rose et de bleu dans sa palette. Il s’inspire de son environnement et de la culture sud - africaine. Profondément impressionné par les travaux de Penny Siopis et les peintures de Marlène Dumas, Banele Khoza développe des dessins à l’aquarelle et des illustrations numériques qui évoquent ses expériences personnelles et ses questionnements sur l’identité et le genre. « J'apprécie la liberté que j'ai acquise en vivant en Afrique du Sud, en m'attaquant aux normes de genre et à l'idée de peindre. La culture et l'appréciation des arts sont très riches dans ce pays et m'inspirent encore plus. J'aurais été enfermé dans une boîte si j'avais été basé au Swaziland, mais le fait de vivre en Afrique du Sud m'a permis de créer ma propre identité, qui ne connaît pas de frontières ».
Uncertain traduit cette ambivalence dans l’histoire de l’artiste, entre l’inquiétude qu’une vie sans possibilité, dans son pays natal, aurait suscité et l’échappatoire qu’il a pu trouver dans son pays d’adoption.
MEGAN GABRIELLE HARRIS (1990, États-Unis).
Sunkissed, 2023. Acrylique sur toile.
Elle représente généralement des femmes de couleur, aux attitudes puissantes, royales et divines. Ces figures sont souvent peintes sur un fond riche et vibrant. Influencée par les voyages et la nature, l’artiste explore les paysages de rêve et le concept d’évasion. "Mes sujets se reposent, rêvent, se font plaisir, voyagent et sont comblés en leur propre compagnie", dit-elle. "Mon intention est de glorifier et de mettre l'accent sur tous ces aspects des femmes noires qui existent simplement et vivent des expériences agréables ».
Sunkissed revêt une importance particulière pour l’artiste, correspondant à un moment de transition. « Après avoir quitté New York pour rentrer chez moi, en Californie du Nord, j’ai été rappelé et inspiré par la simplicité et la beauté du paysage dans lequel j’avais grandi. Mon foyer était désormais une retraite paisible, loin de l’énergie débordante de la ville où j’avais passé les six dernières années. Sunkissed a été l’une des premières œuvres que j’ai achevées après mon déménagement. Je voulais capturer un puissant sentiment de solitude, invitant les spectateurs à réfléchir à leurs propres parcours de découverte de soi et à la beauté d’être en harmonie avec la nature. Le sujet se tient gracieusement, s’embrassant elle-même au milieu d’un paysage naturel luxuriant. Sa posture dégage confiance et sérénité, symbolisant l’amour de soi et l’acceptation. La chaude lumière du soleil l’enveloppe d’une lueur, illuminant son expression épanouie et la connexion entre son esprit et la terre. »
GODWIN ‘CHAMP’ NAMUYIMBA (1989, Ouganda) .
Purity, 2019. Technique mixte sur toile.
Il explore les thèmes de l'identité, de la race et de l'individualité, dans le contexte spécifique de l'Afrique post-coloniale. À travers le portrait de ses amis, de sa famille et de ses connaissances, Godwin Namuyimba offre une vision pénétrante de l'humanité, tout en remettant en question les représentations stéréotypées des personnes noires. « J'essaie d'approcher les sujets à partir d'un point d'empathie lorsqu'ils entrent dans ma conscience comme des personnages fugaces ou comme des blancs vides. Je m'intéresse à ce qu’il se passe lorsque le sujet se transforme en contenu. J’ai grandi à l'ère de la numérisation, on peut regarder beaucoup d'images sur Internet, dans des livres et d'autres choses de ce genre, alors les moments où je nourris mon esprit inspirent mon art ».
Purity s’inscrit directement dans la pratique de Namuyimba, présentant la force de cette résilience avec cette femme sans âge qui toise le spectateur, dans une réalité qui la fait presque sortir du cadre. La technique de l’artiste, juxtaposant les matières comme un véritable palimpseste, renvoie à la complexité de l’individu, associant mystère et évidence, proximité et distanciation, force et vulnérabilité.
RACHEL MARSIL (1995, France, originaire du Sénégal).
Les Amoureux, 2023. Huile, acrylique et pastel sur toile.
Elle nous plonge dans un univers intime et coloré où un ensemble de silhouettes souples, paraissant plongées dans une attente contemplative, habite l’espace de ses toiles. Par ses recherches, l'artiste cherche à comprendre les différentes dynamiques de la mémoire et de l'identité véhiculées par la circulation culturelle des images, qu'elles soient personnelles ou d'archives, dans un monde post-colonial, multiculturel et globalisé. La peinture devient la mise en récit d’une histoire personnelle plus vaste où se mélangent, histoire avec un grand H, histoire intime et vision fantasmée. « Lorsque vous grandissez en Europe et que vous venez de deux endroits différents, vous avez tendance à vous poser beaucoup de questions, surtout si on ne vous a pas enseigné votre histoire ». « Au début, je représentais ce que je voyais sur les photos. J’avais besoin de ces photos pour avoir une preuve géographique que je suis liée au continent africain autant qu'au continent européen ».
Les Amoureux incarne cette relation au souvenir et à la beauté d’un idéal passé, comme l’exprime parfaitement l’artiste. « Incarnant l’idée d’un été éternel, ces scènes me rappellent les moments de sortie en famille durant mon enfance, où nous allions cueillir les fleurs et nous balader en forêt. Des moments idéalisés et empreints de nostalgie qui viennent teinter nos souvenirs... En référence directe au « Déjeuner sur l’herbe » de Manet (1863), j’ai trouvé amusant de découvrir que celui-ci fut d'abord intitulé « le Bain », puis « la Partie carrée » au cours de mes recherches. Cette « Partie Carrée » est ainsi devenue cette natte sur laquelle se retrouve ce couple, dans une scène oscillant entre intimité et partage. Il y a ce couple, il y a nous, et toutes les questions qui se posent dans ce dialogue vide de mots. Comme un miroir sur notre propre lien à l’Autre, les amoureux sont alors figés dans un instant infini pour immortaliser la beauté d’un souvenir ».
DERRICK ADAMS (1970, États Unis).
Community Empowerment Zone, 2013. Technique mixte sur papier.
Floater (séries), 2017. Technique mixte sur papier.
Il est un artiste multidisciplinaire (peintures, sculptures, collages, performances, vidéos et projets dans l’espace public) dont l’œuvre est profondément ancrée dans l'exploration de l'identité noire en Amérique. Derrick Adams explore l'influence de la culture populaire sur la formation de l'image de soi et la façon dont les expériences afro-américaines se recoupent avec l'histoire de l'art, l'iconographie américaine et le consumérisme.
Dans ses œuvres récentes, il choisit de représenter ses figures de manière fragmentaire, utilisant la géométrie pour créer un alliage de formes complexes. Cette approche lui permet de déconstruire et ré-assembler l’image du corps noir, ajoutant une dimension abstraite dans son travail. Derrick Adams célèbre et élargit le dialogue autour de la vie et de la culture contemporaines noires à travers des scènes de normalité et de persévérance. Il a développé une iconographie de la joie, du loisir et de la poursuite du bonheur.
L’exposition présente deux œuvres importantes et représentatives de son travail.
Community Empowerment Zone est une œuvre fondamentale de l'artiste. Au début de sa carrière, avec cette œuvre, il introduit ce qu’il développera par la suite dans ses travaux : le sentiment d'appartenance et d'engagement au sein d'une communauté, la construction cubiste du portrait, l'utilisation de la route et des panneaux de signalisation pour structurer l'art, des collages faisant référence à des racines spécifiques, à l'Afrique, à des objets du quotidien, à l'armée, à la culture pop et à la multiplicité des médias.
Floater fait partie d’une de ces séries la plus célèbre, la "Floater Series," laquelle présente des figures noires flottant paisiblement dans des piscines, un symbole de loisirs, de détente et de joie. Cette série est une réponse aux représentations médiatiques souvent négatives des Noirs, offrant ainsi une vision plus légère et positive de la vie quotidienne noire.
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STAIRWELL ROOM
ALEXANDRE DIOP — Variation of Autoportrait of the young black diable at the age of 25, 2022. Technique mixte sur papier.
ALEXANDRE DIOP (1995, France-Sénégal).
Variation of Autoportrait of the young black diable at the age of 25, 2022. Technique mixte sur papier.
Artiste autodidacte résidant à Vienne, sa pratique artistique est fortement influencée par son double héritage sénégalais et autrichien, ainsi que par son intérêt pour l'histoire, la politique et la culture. Sa démarche artistique consiste à créer des « images-objets », fruit d’un assemblage de matériaux de récupération collectés dans la rue, à mi-chemin entre la peinture et la sculpture – à la manière des artistes de rue du Sénégal. Tout commence par l’exploration de l’endroit où il vit, avec un sac à dos, des ciseaux et un cutter, dont il se sert pendant de longues balades urbaines dans des lieux abandonnés, à la recherche de matériaux de récupération – métal, bois, tissus ou plastiques – qui jonchent les terrains vagues. De retour à l’atelier, ce butin devient la palette d’un peintre. Ses visions s’inspirent d’une émotion, souffrance ou rage de vivre. Il peint presque toujours des corps, qui se dessinent sur un fond neutre, tandis que d’autres se fondent dans des compositions denses, presque étouffantes.
Variation of Autoportrait of the young black diable at the age of 25 fait partie d’une série de 6 variations – autoportraits qui se dressent avec force. Le titre de l'œuvre lui-même est évocateur, utilisant le mot "diable" qui pourrait suggérer une figure marginalisée, incomprise ou mal jugée, en lien avec des préjugés historiques et culturels.
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ELEVATOR SHAFT ROOM
UMAN — TWOC (Trans Women Of Color) #1, 2019. Collage and acrylic on canvas paper.UMAN — TWOC (Trans Women Of Color) #3, 2019. Collage and acrylic on canvas paper.
UMAN (1980, Somalie).
TWOC (Trans Women Of Color) #1; #3 ; #4 et #5, 2019. Collage et acrylique sur papier.
Déracinée entre la Somalie, le Kenya, le Danemark puis les États-Unis, elle est une artiste transgenre et autodidacte. Intuitive, elle puise ses influences dans ses souvenirs d'enfance en Afrique de l'Est, une éducation rigoureuse en calligraphie traditionnelle et une fascination pour la couleur et le design kaléidoscopiques. Avec des clins d'œil à l'autoportrait et aux topographies fictives, les peintures d'Uman parlent couramment de la navigation liminale. Son travail contemple à la fois le physique et le spirituel, entrelaçant abstraction, figuration, motifs méditatifs et une révérence pour le monde naturel. Elle peint à même l'herbe, de manière spontanée, des formes abstraites inspirées de figures comme les oiseaux ou les feuilles. Viscéral et poétique, enraciné dans une expérience autobiographique spécifique, le travail d'Uman explore la fluidité du genre et de la culture à travers la peinture, le dessin et la sculpture, tout en restant spirituellement engagé et instinctif.
Les 4 œuvres présentées appartiennent à la série d’autoportraits Trans Women of Color (TWOC). Un ensemble de portraits de femmes transsexuelles, clownesques émergent de l’ombre et vous regardent comme pour dénoncer non sans gravité l’image qui leur est attribuée.
AFRICAINS EVERYWHERE | Margaux and Raphaël Blavy Collection